A voir – En jeux de guerre ; enjeux de guerre ! Issy et ailleurs… de Bruxelles à Malines, de Paris à Turnhout (Actualité/presse)

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Dessins originaux d’un jeu de la Triple entente et de la Belgique Anonyme, 1915 Collection Roderick Somerville Les figures de ce jeu montrent diverses personnalités ou allégories des pays de la Triple entente (Russie impériale ♠, France ♦, Royaume-Uni ♣) et de la Belgique (♥). L’origine probablement belge (♥) de ce jeu expliquerait qu’il n’ait pu être édité, l’Allemagne ayant rapidement confisqué l’ensemble des moyens de production. (Expo « La guerre de 14-18 à travers les cartes à jouer… » au Musée Français de la carte à jouer à Issy-les-Moulineaux. Gwénaël Beuchet et Agnès Barbier)

F aut-il le rappeler, les jeux et les jouets sont des miroirs d’hommes en un temps et un lieu déterminé. Et les jeux de guerre sont légions.

De Bruxelles à Malines ; de Paris à Turnhout, pour ses vacances de Toussaint, LUDO asbl vous convie à rendre un hommage ludique familial aux défunts, soldats connus et inconnu morts sur le front de tous les camps et de toutes les guerres… notamment à travers la visite d’évocations en jeux de la « Grande Der des Der » !

Bruxelles

La petite exposition « 25 ans, 70 ans, 100 ans. Traces du XXe siècle… de guerre lasse ! » comporte trois volets. Début juin nous vous avions convié au « petit musée didactique et vivant des jeux » pour commémorer les 70 ans du débarquement allié en Normandie. Cette évocation est toujours visible mais, depuis début août, le centenaire de la « Grande guerre » a logiquement pris le relais dans d’autres vitrines. Outre des jeux d’époques emblématiques comme les « quatrarmes » et « l’attaque » ou des simulations plus récentes de la guerre des tranchées comme « Path and Glory », nous vous y emmenons sur les traces de témoignages familiaux personnels de deux poilus belges sur le front de l’Yser. Mais, comme l’illustrent d’autres jeux intéressants, le premier conflit mondial se déroula non seulement sur terre mais aussi sur mer et dans les airs…

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Enfin du 9 novembre à fin décembre, le troisième opus de notre exposition « 25,70, 100 ans. Traces du XXe siècle… de guerre lasse ! » braquera l’un ou l’autre despote pas si éclairé que cela sur les jeux évoquant la guerre froide et la chute du mur de Berlin il y a tout juste un quart de siècle. Les jeux exposés proviennent de nos fonds wargame Paredes, Magim-TNT et d’Alpa-Ludismes asbl. Visites guidées sur rdv en après-midi ou en avant-soirée (HEB-Ludivine et LuCIFER (mvanlangendonckt@heb.be) (62 avenue de Fré HEB Hall au Rez-de-chaussée)

Malines

malines

Plein d’entrain, suivez la première ligne ferrée belge jusqu’à Malines. Aux jeux bruxellois répondent en écho les jouets du Speelgoedmuseum de Mechelen. La récompense sera au rendez-vous pour celles et ceux qui auront le courage de braver la frontière linguistique à la rencontre de cette exposition « la guerre dans une chambre d’enfant ».

Visible jusqu’au 2 novembre prochain (www.speelgoedmuseum.be) voici aussi (et peut-être surtout), l’occasion de (re)découvrir les riches collections permanentes qui s’étalent sur 3000 m² dans ce très beau musée moins connu des francophones que son équivalent Bruxellois, notre caverne d’Ali baba savamment désorganisée, mais qui fait le bonheur des enfants 365 jours par an ! (www.museedujouet.eu)

Paris

Egalement et peut-être surtout, jusqu’au 2 novembre, courrez à Paris visiter le magnifique musée de la carte à jouer (Paris, métro mairie d’Issy) qui fait lui aussi la part belle à la grande guerre…

La guerre de 14-18 à travers les cartes à jouer
(Collections Pascal Pette, Roderick Somerville et Musée Français de la Carte à Jouer)

« Pendant cette période un nombre non négligeable de jeux de cartes vont être imprimés, la plupart en Europe : l’Allemagne en tête puis l’Angleterre, la France, la Suisse, la Belgique en fin de conflit ; mais aussi l’Amérique du Nord (Etats-Unis et Canada) et même l’Australie. Ces jeux, d’esprit patriotique, mettent en avant les « alliés », les dirigeants (souverains, responsables politiques, généraux..), les différentes forces armées engagées, les événements marquants, les victoires… Dans ces temps incertains, ils peuvent même devenir des outils de prédiction. Pour soutenir l’effort de guerre et le moral des troupes, un grand nombre de jeux de propagande sont édités, essentiellement dans l’Empire allemand, et les soldats en sont largement pourvus. Dans les tranchées, en retrait des lignes de front, dans les hôpitaux, les jeux de cartes aident à passer le temps. Ils jouent un rôle très important dans la sociabilité des soldats, skat du côté germanique, manille du côté français, y compris dans des circonstances dramatiques. Le célèbre tableau d’Otto Dix Les Joueurs de Skat (1920), les photographies, les gravures, les jeux présentés dans l’exposition comptent parmi les témoignages historiques et symboliques de cet engagement face au conflit et d’une tourmente qui emporta l’Europe. »

Parmi les jeux exposés, plus que des jeux français au final assez rares, figurent de très belles productions des célèbres cartiers belges concentrés à Turnhout, notamment les maisons Biermans et Brepols (dont le patron était également bourgmestre durant la guerre).
Après la violation de la neutralité belge par les allemands, dès 1914-1915, notre pays devint le « cœur » du superbe « jeu de cartes des alliés » (illustration en tête d’article), aux côtés de la triple entente anglo-franco-russe. Mais l’édition et la diffusion de ce jeu fut empêchée par l’occupation allemande. D’autres versions autour du même thème rencontreront un vif succès dans l’immédiat après-guerre. Parmi elles, un jeu exposé datant de 1919 présentant, comme 4 ans plus tôt, Albert Ier et la reine Elisabeth (mélomane célèbre pour son concours) en roi et reine de cœur mais surtout, en guise d’as de cœur, l’entrée triomphante du roi-soldat dans Bruxelles libéré en novembre 1918 ! Entre autres détails intéressants, notons qu’au rang des personnalités françaises, Pétain figure dans ce jeu de fin de guerre et non plus Joffre.

Rappelons que, début 1914, la « triple entente » anglo-franco-russe faisait face à la « triplice » des empires centraux. Le conflit latent entre ces deux alliances antagonistes dans une ambiance nationaliste exacerbée n’attendait plus qu’une étincelle pour s’embraser. L’assassinat le 28 juin 1914 du fils de l’archiduc François-Ferdinand d’Autriche par un partisan Serbe provoqua l’entrée en guerre de l’empire austro-hongrois contre la Serbie et la réponse russe ; puis l’entrée en guerre de l’Allemagne début août… Sur les as du jeu de cartes du début de conflit, aux côtés des protagonistes de la triple entente et de la Belgique, figurent ainsi logiquement des drapeaux serbes. Mais aussi italiens et japonais, en effet, d’entrée de jeu, le conflit sortit d’Europe pour devenir « mondial » et il faut rappeler le rôle important du Japon aux côtés des alliés, coupant les routes de ravitaillement de la marine du Kaiser dans le Pacifique et l’océan indien.

D’autres pièces exposées, comme un jeu confectionné par un soldat dans les tranchées, nous paraissent également dignes du plus grand intérêt.

Enfin, à la boutique, vous pourrez acquérir le « jeu de Belote des Poilus de 14-18 » édité à l’occasion de l’exposition. Ce jeu est joliment illustré d’une peinture anonyme de propagande qui dégage une atmosphère paisible des tranchées ainsi que de dessins signé Griff et publiés sous formes de cartes postales durant le Premier conflit mondial. Commissaire de l’exposition et grand intellectruel des jeux de cartes, Gwénael Beuchet précise que la pratique de la belote est probablement apparue en France dans les tranchées et a progressivement supplanté la manille comme jeu de carte populaire durant l’entre-deux-guerres. « Il est remarquable que, comme au skat allemand mais au contraire de la manille, à la belote, la carte d’atout la plus forte soit le valet » incarné par « poilu » et « tommy » et non pas les rois, généraux, 10 et autres chefs d’armée. Voilà qui est tout sauf anodin.

Turnhout

turnhoutEnfin, à Turnhout même, au musée belge de la carte à jouer qui mérite d’être (re)découvert, une autre exposition fait la part belle aux « armes de carton » jusqu’à la fin de l’année (www.speelkaartenmuseum.be)
Sur base de jeux de cartes jamais ou rarement exposés provenant des collections du musée et de collections privées (notamment Alex Clays), l’importance de la production et de la fabrication belge mais aussi et surtout allemande est expliquée. De même sont analysées certaines illustrations aux fonctions de soutien au moral des troupes, de passe-temps précieux aux effets prophétiques en temps incertains, de propagande, mais aussi de pédagogie militaire.

Plus qu’à la boutique parisienne, vous pourrez en outre vous procurer à Turnhout des jeux de cartes originaux de la grande guerre ou bien d’autres, plus exotiques, comme les cartes rondes indiennes ganjifas ou les petites cartes chinoises ou indonésiennes.

Michel VLG

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