Les ludothèques, partenaires des écoles et du parascolaire. Où en sommes-nous ?

Le décret-missions (1997) et le pacte d’excellence (2015) de l’enseignement officiel en Fédération Wallonie-Bruxelles préconisent et encouragent ce type de partenariats. Un état des lieux s’avérait utile afin d’adapter notre offre. Alice Brouyère, étudiante de master 1 en sciences de l’éducation UCL (FOPA), a mené l’enquête pour LUDO asbl. Elle présente ici ses  résultats et conclusions… (image : www.letelegramme.fr ).

 

L’enquête se présente sous la forme d’un questionnaire envoyé récemment aux ludothèques francophones de Belgique à propos du partenariat entre les ludothèques et le monde de l’éducation (http://www.survio.com/survey/d/H4W1V3V1N4X9H4Q9J, novembre-décembre 2015).

Intéressons-nous tout d’abord aux types de ludothèques reprises dans notre enquête : parmi les 130 structures répertoriées sur le site www.ludobel.be et contactées par Sophie Hanozet, nous avons obtenu 89 réponses.

Un travail de fourmis avec des moyens de cigales…

Même si elles bénéficient de soutiens communaux, près de 40 % (38.2%) de ces ludothèques sont associatives (ASBL, associations de fait,…), tout comme la grande majorité probable des 40 petites ludothèques n’ayant pas répondu à notre enquête. Un tiers (34.8%) des ludothèques importantes sont communales. A ces initiatives de pouvoirs publics, il convient d’ajouter le cinquième (19.1%) des ludothèques qui ont le statut de sections de bibliothèques publiques et les 7.9 % classées « autres » (ludothèques d’école ouvertes à tous, provinces, régions, etc…).

La professionnalisation du secteur semble progresser doucement. Plus d’une ludothèque sur deux (60%) ayant répondu à notre enquête emploient en majorité des bénévoles. Ces personnes sont néanmoins encadrées par une ou deux personnes rémunérées. Les horaires d’ouverture sont malgré tout assez larges puisque nous constatons que la moitié des ludothèques étudiées sont ouvertes plus de 8 heures chaque semaine et qu’un tiers ouvrent  entre 4 et 8 heures chaque semaine.

Nous nous sommes ensuite penchées sur le public des ludothèques et leur degré de fréquentation.

68% des ludothèques conseillent et/ou prêtent des jeux à des enseignants et des professionnels du parascolaire qui s’y déplacent seuls à cet effet. 

Hormis le public classique fréquentant la ludothèque (parents avec ou sans enfants), l’enquête reflète que 68% des ludothèques reçoivent très régulièrement des enseignants seuls (41 % tous les mois et 27% toutes les semaines) ainsi que du personnel parascolaire seul (logopèdes, auxiliaires d’éducation, éducateurs, …) : une ludothèque sur trois tous les mois et une sur cinq toutes les semaines.

Trois quart des ludothèques accueillent des enseignants avec leurs classes et des professionnels du parascolaire accompagnés.

Mieux, les chiffres révèlent également que trois quarts des ludothèques reçoivent des enseignants avec leur classe dont un quart chaque mois et un quart chaque semaine. Et nous relevons des statistiques similaires concernant le personnel parascolaire avec enfants.

Concernant la fréquence de l’accueil des enseignants avec leur classe, nous pouvons dire que 60% des ludothèques accueillent des classes maternelles (dont 20% toutes les semaines et 20% tous les mois) et des classes de l’enseignement primaire (dont 15% toutes les semaines et 15% tous les mois). Chiffre appréciable, 30% des ludothèques voient également des classes de l’enseignement secondaire (dont 5,6% toutes les semaines et 5,6% tous les mois). En revanche, nous constatons que peu de ludothèques  accueillent des classes de l’enseignement spécialisé; nous supposons que ces classes se dirigent plutôt vers les quelques ludothèques spécialisées et adaptées à ce type d’enseignement. Si 40% des ludothèques n’accueillent pas de groupes scolaires, c’est par manque de moyens : espace trop petit, ludothèque de prêt uniquement, manque de personnel, etc.

Une ludothèque sur deux se déplace dans les écoles.

Autre chiffre appréciable, la moitié des ludothèques examinées proposent également des animations dans les écoles pendant les heures de classes mais, une fois encore, cela dépend des moyens humains et financiers dont dispose la ludothèque et/ou l’école.

Une qualité de partenariats néanmoins perfectible 

Nous avons voulu savoir si les visites de classe et/ou à l’école sont le résultat d’un partenariat officiel avec la direction ou le pouvoir organisateur. Dans un cas sur deux, il s’agit d’initiatives personnelles informelles d’enseignants et/ou de ludothécaires. 50% de ces collaborations sont néanmoins officielles et résultent d’un partenariat signé entre l’école (ou le P.O.) et la ludothèque. Un quart des ludothèques concernées par ces partenariats officiels parviennent alors à se spécialiser jusqu’à jongler avec de nombreuses écoles différentes (plus de 5 simultanément).

Des accueils extra-scolaires plus larges que les classiques « mercredis après-midis »

Enfin, non seulement la plupart des ludothèques accueillent les enfants les mercredis après-midis, mais une majorité d’entre elles leur proposent également un précieux accueil extra-scolaire plusieurs autres fins d’après-midi par semaine.

Une offre limitée par des moyens et un encadrement insuffisant.

Nous avons clôturé notre enquête auprès des ludothèques par une question ouverte liée aux demandes spécifiques du public scolaire. Plusieurs catégories de réponses sont à considérer.

Une première requête concerne l’injection de plus de moyens afin d’offrir plus de services et de partenariats scolaires. Beaucoup de ludothèques ne disposent pas du personnel suffisant pour pouvoir assurer des animations au sein d’un public scolaire très en demande ou de locaux adaptés à l’accueil de ce public. Certains partenariats sont mis de côté faute de moyens. Les écoles n’ont pas toujours la possibilité financière de participer à des animations proposées par les ludothèques.

Quelques précisons illustrées de témoignages éclairants…

 « Accorder plus de moyens financiers pour que les écoles participent à ce type d’activité, car ce sont souvent les freins ». « La ludothèque est située dans une pièce de +/- 4M sur 4. Nous ne pouvons dès lors pas accueillir des classes. Et l’animation dans les écoles est également impossible par manque de personnel, nous sommes presque exclusivement présentes lors des séances de prêt ». « Les classes maternelles des écoles libres et communales de Visé aimeraient venir à la ludothèque gratuitement une fois par semaine. Notre service fait partie d’une asbl avec de petits moyens financiers et ne pouvons satisfaire cette demande ». «  Nous aimerions pouvoir sortir de nos murs et aller dans les écoles, mais c’est juste une question de ressources en personnel insuffisantes». « Le public scolaire est en demande permanente et a toujours été très preneur du peu d’heures qu’on est capable de leur fournir ».

Un manque cruel de formations.

Un autre aspect émane des demandes liées à la formation du personnel scolaire, aussi bien du corps enseignant que du personnel de garderie : « Les directeurs et directrices me demandent de conseiller, sensibiliser et former les accueillantes de leur établissement pour leur montrer les vertus du jeu dans le cadre des activités temps libre ». « Certains enseignants souhaiteraient être formés sur les jeux de société pédagogiques de manière ponctuelle ».

Il est essentiel que le personnel scolaire, notamment les enseignants, puisse faire le lien entre l’apprentissage par le jeu, les compétences disciplinaires et les quatre objectifs généraux du décret mission (24 juillet 1997) et ne plus envisager le jeu uniquement pour son aspect ludique et occupationnel. Ce lien pédagogique  n’est pas toujours établi ; il faut donc redonner sens aux animations telles que proposées par les ludothèques.

Il y a donc une carte importante à jouer  dans la formation tant des enseignants et personnel d’éducation que pour des futurs éducateurs. Nous constatons également dans nos réponses qu’une forte demande est liée aux écoles supérieures, que ce soit en logopédie, ou en bacheliers pédagogiques. La demande provient également d’écoles secondaires professionnelles proposant des options liées à l’enfance et au monde de l’éducation en général.

« Demandes de visites « découverte »  de la ludothèque pour des étudiants éducateur ou sciences sociales ( 3ème à 6ème secondaire) et pour des étudiants du supérieur » ;« demande d’accueillantes en extra-scolaire, demande d’enseignants travaillant en cours d’alphabétisation  » ; « des écoles secondaires techniques ou supérieures demandent des formations/informations sur le monde du jeu et de leurs adaptations à un public spécifique » ; « Visites et sensibilisation des classes de futurs enseignants, futurs animateurs, éducateurs, futurs logopèdes, etc. » ; « Certaines écoles techniques (secondaire ou haute école) souhaitent  venir pour en apprendre plus sur le jeu adapté ».

Dans nos réponses, nous trouvons aussi beaucoup de demandes spécifiques au niveau pédagogique, que ce soit au point de vue disciplinaire ou du savoir vivre ensemble et de la citoyenneté : « une intervention dans le cadre d’une journée spécifique pour les enseignants concernant les problèmes de la DYSLEXIE », « Les demandes émanent souvent  de projets particuliers : jeux en bois géants pour les fêtes d’école, intégration du jeu dans des thématiques particulières (nature, grainothèque, extérieurs, expression…) » , « animations sur le thème de la santé et de la citoyenneté , donc d’outils pédagogiques », « Favoriser la pratique du jeu, reconnaître le jeu comme soutien dans les apprentissages scolaires », « Animations dans la cour de récréation. Accompagnement pour la dynamique de groupe : animations récurrentes : « Chouette ma classe » », « Mise en place de malles de jeux « à vocation pédagogique » pour amener le jeu dans le milieu scolaire. Organisation de ce projet en collaboration avec le conseiller pédagogique de la commune »

Enfin un dernier point suggère de créer des liens intergénérationnels entre les personnes âgées et les enfants par le biais du jeu et de la ludothèque : « partenariat entre une classe et des  personnes âgées via la ludothèque », « Faire participer des élèves à des animations avec personnes âgées, pour faire du lien social intergénérationnel ».

En conclusion de notre enquête, nous pouvons affirmer que les ludothèques ont pleinement leur place au sein de l’éducation formelle comme informelle.

La demande de partenariats entre ludothèques et milieu de l’éducation est bien réelle et déjà existante, mais pas en suffisance par rapport à la demande. Continuer ces partenariats est donc une nécessité, tout comme proposer des activités supplémentaires. Dans le courant de l’année 2016, nous poursuivrons notre enquête auprès, cette fois, du milieu de l’éducation (écoles, garderie, ASBL, etc.) afin de corroborer nos résultats et de préciser au mieux les demandes.

Outre le développement du diplôme de spécialisation en sciences et techniques du jeu (Haute Ecole de Bruxelles – Haute Ecole Spaak – LUDO asbl) qui propose une orientation ludopédagogique essentielle encore méconnue (www.ludobel.be onglet formation diplomante), LUDO asbl doit élargir son offre de formations continues à caractère pédagogique à destinations des enseignants et des ludothécaires qui le souhaitent. Un catalogue de formations et propositions de journées pédagogiques valables dès l’année scolaire 2016-2017 devrait paraître au printemps à cet effet.

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