Article Gus & Co… Oui mais, …

Par Nicolas Ovigneur spécialiste en science et technique du jeu, consultant ludique

En octobre, un article est paru dans l’excellent blog Gus & Co. Son titre, provoquant : « C’est faux. On ne joue pas pour s’amuser » attise ma curiosité.

Gus fait ici l’éloge des bienfaits du jeu dans l’apprentissage de la vie au sens large. Loin de vouloir déconstruire cette idée, je souhaite plutôt apporter des précisions quant à cette idée.

Oui ! le jeu développe des compétences et apprentissage… et même plus !

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Comme le souligne Gus, le jeu est un fabuleux vecteur d’apprentissage. Il permet d’apprendre par la pratique et d’avoir le loisir du traditionnel « essai/erreur » sans pour autant subir la pression sociale associée à l’échec comme à l’école ou dans le milieu professionnel.

Le fait de se confronter à un monde fictif nous permet d’adopter une posture détachée et ainsi, de résoudre des problèmes sans implication personnelle. En ce sens, il est un outil exceptionnel dans l’appropriation du monde qui nous entoure et de son être propre tant sur le plan physique que moral.

Mais peut-on réellement confronter la notion de jeu à la notion de travail ?

Le seul choix de la définition des termes employés suffit à répondre par l’affirmative ou, au contraire, par un « non » catégorique.

Ainsi, le travail est-il considéré comme une activité permettant d’en retirer une rémunération, une occupation vécue comme une charge ou plutôt comme un ouvrage réalisé ou à réaliser, manuel, artistique, intellectuel1 ?

La dernière définition permettant de juxtaposer le jeu et le travail, c’est celle-ci que je retiens.

Passons maintenant à la définition du jeu ! Ma vision porte sur le croisement des travaux de Roger Caillois qui propose 6 caractéristiques du jeu :

– libre : l’activité doit être choisie pour conserver son caractère ludique,

– séparée : circonscrite dans les limites d’espace et de temps,

– incertaine : l’issue n’est pas connue à l’avance,

– improductive : qui ne produit ni biens, ni richesses (même les jeux d’argent ne sont qu’un transfert de richesse),

– réglée : elle est soumise à des règles qui suspendent les lois ordinaires,

– fictive : accompagnée d’une conscience fictive de la réalité seconde.2

A cette approche s’ajoute le nouvel élément qui est celui de la posture psychologique, entité chère à Michel Van Langendonckt. Cette idée pose le constat que le jeu n’est jeu que lorsqu’on le vit de la sorte. Ainsi on peut s’envoyer un objet (ce qui n’est pas un jeu) mais le fait de le vivre de façon ludique fait entrer les protagonistes dans la sphère du jeu.

Et c’est là qu’est toute la subtilité !

Chaque partie de la vie entière pourrait être un jeu ! Si tant est qu’on se positionne de la sorte. Ainsi une même situation peut être vécue comme un jeu ou non par les participants. C’est d’ailleurs le cas de certains « mauvais joueurs » qui se sentent « nuls » parce qu’ils ont perdu. Ils ne se retrouvent ni dans un environnement fictif, ni dans la posture psychologique du joueur.

C’est ici que j’ajoute à l’argumentation de Gus une nuance.

Le jeu pourrait être partout et le jeu peut permettre d’apprendre.

Et dans l’apprentissage ?

Et bien là aussi, une précision s’impose. Beaucoup d’enseignants font d’ailleurs l’amalgame entre le jeu en tant que règle et le positionnement psychologique ludique.

(N’avez-vous jamais joué au pendu en langue étrangère ? Était-ce vraiment sympa ?)

Ce n’est pas parce qu’on apprend qu’on joue, mais avec le jeu, on peut apprendre. Si l’on joue, compte tenu que c’est une activité libre, c’est qu’on le fait par plaisir et par envie. Ces deux paramètres sont les plus importants dans ce système.

Et pour ce faire, rien de plus habile que de masquer aux participants les intentions machiavéliques qui visent à leur faire apprendre alors que les élèves/étudiants/participants ne le savent pas.

L’enjeu et ici de proposer une activité ludique qui a comme dommages collatéraux de faire apprendre des choses.

A mon sens donc, si, on joue pour s’amuser et c’est le caractère le plus pondérant de cette activité.

Un grand merci à Gus pour nous avoir fait partager son expérience et ainsi ouvert la porte au débat.

Référence :

http://gusandco.net/2015/10/26/cest-faux-on-ne-joue-pas-pour-samuser/

1Larousse.fr

2Wikipedia.fr

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