Redécouvrir son quartier par le Jeu (Cohésion/inclusion/ interactions sociales )

L’apprentissage de la citoyenneté passe notamment par l’appropriation de son lieu de vie.  J’entends par « lieu de vie » l’espace public ou les espaces privés ouverts au public. De la boulangerie au parc, de l’école à la rue, du bout de trottoir devant chez soi aux places publiques, tout notre environnement nous appartient autant qu’il appartient à la communauté.  Mais comment retrouver la sensation d’être chez soi en dehors de son foyer ?  Comment prendre soin de sa ville autant que de son hygiène de vie ?
Le Jeu avec un grand « J » permet de véhiculer bien des savoirs et de développer pléthore de compétences. Mais l’enjeu est de taille !
Ce n’est donc pas sans une certaine fierté que je vais conter l’aventure que j’ai pu vivre avec Dina, Serhat, Mamadou D., Mamadou B., Galin, Soumia, Saiedeh, Ibtissam, Denis, Youssef, Billal, Jaelle, Marianne, David, Sanae, Vanessa, Emanuel, Estera, Gabriel et Ali, les élèves de l’école n°8 de Schaerbeek.
Cette histoire commence par une initiative, celle de « Patrimoine à roulettes », une ASBL schaerbeekoise militant pour la valorisation du patrimoine. Yves et Laurence prennent le pari de monter ce projet en partenariat avec Mélissa, l’institutrice, ainsi que Thibaut et Nicolas, membres de l’ASBL Let’s play together spécialisée dans le jeu de société, pour faire redécouvrir leur quartier aux élèves.

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Un nouveau regard sur son environnement

La première étape consiste à faire prendre conscience aux élèves de l’endroit où ils vivent.  Pour se faire, Patrimoine à roulettes, à la manière du « Cercle des poètes disparus », les guide pour qu’ils abordent leur lieu de vie avec sous différents points de vue .. Ils partent ainsi revisiter leur quartier depuis les hauts buildings. Ils prennent des photos et observent attentivement afin de pouvoir le reproduire sous forme de plan dessiné. Ils ont ensuite photographié des éléments colorés sur le trajet entre l’école et chez eux pour créer une œuvre composée de toutes les photos miniaturisées. Ils revisitent le quartier Gaucheret, rue par rue, pour se rendre compte de l’aménagement du quartier. Enfin, ils font une recherche de vieilles photos représentant le quartier d’antan. Bref, le quartier n’a plus aucun secret pour eux !
Cf : le film

Devenir auteurs de jeu

Patrimoine à roulette fait alors appel à Let’s play together, une ASBL prônant le jeu de société comme vecteur de lien, pour organiser la création d’un jeu avec les élèves autour de leur quartier.
Cette dernière organise le projet en trois phases :
Premièrement, sensibiliser les élèves aux différentes dynamiques de jeu de société. Durant 4 demi-journées, les apprentis auteurs essayent une dizaine de jeux très différents les uns des autres. Ils découvrent ainsi que les jeux sont aussi des œuvres d’art très codés avec des mécaniques, des thématiques, des compétences et des matériels extrêmement variés.  Chaque jeu apporte sont lot de surprises, tant dans l’analyse qu’ils en font que du vécu qu’ils partagent avec leurs camarades.  Pour chacune de ces expériences, ils en retirent les points qu’ils ont aimé et ceux qu’ils n’apprécient pas à partir d’un questionnaire pré-établi. On sent bien à ce moment que le projet est encore flou dans leurs têtes et qu’il n’est pas si facile de se prononcer sur « Pourquoi j’aime / n’aime pas ce jeu ? ». De plus, leur vision est encore troublée par l’énorme décalage entre le fait de jouer et l’aventure de créer un jeu.

Deuxièmement, faire ressortir les préférences des élèves et construire une mécanique de jeu avec ces dernières.  Cette étape permet la mise en commun des impressions les plus représentatives et l’élection des axes pour l’élaboration des règles. A partir de ces informations, l’équipe de Let’s play together forme un prototype de règles qu’elle soumet aux enfants pour l’ajuster en fonction des envies de chacun. C’est à ce moment-là que les auteurs de jeu en herbe se sentent vraiment dans un processus de création. On voit bien dans leur regard leur intérêt et la fierté de la réalisation de leur travail. Ils commencent à visualiser le déroulement de la partie et s’approprient le projet comme « leur jeu ». Les idées fusent dans tous les sens !

Troisièmement : le pitch. C’est le texte de présentation qui permet de contextualiser et de thématiser le jeu.
Nous sommes des citoyens actifs et dynamiques au sein de notre quartier. Afin d’embellir et de participer à l’amélioration de ce dernier, nous serons chacun à notre tour le bourgmestre et tenterons de réussir des défis pour avoir la possibilité d’ajouter des éléments dans notre quartier pour qu’il y fasse bon vivre. La cohésion est de mise pour faire de notre environnement un lieu envié dans le monde entier !

De la règle à la concrétisation

C’est à présent l’heure de la fabrication du prototype. Laurence, la professeur d’art plastique, avec le soutien de Patrimoine à roulette et de Mélissa, l’institutrice, organise cela. Le plateau de jeu représente le quartier de façon terne et avec peu de détails. On y retrouve essentiellement les voiries et la forme des bâtiments existants. Les constructions à gagner lors des défis sont, quant à elles, faites de blocs de bois de différentes formes et tailles et sont décorées par les élèves. Ils découpent également dans les journaux des lettres pour faire les enseignes des nouveaux édifices construits.
En ce qui concerne les défis, ils sont inventés par les élèves en fonction du lieu : ceux de l’école sont davantage portés sur la culture générale, alors que ceux du parc seront des jeux d’adresse. Enfin, des bonshommes fabriqués et collés en Lego et des éléments naturels tels que des arbres ou des fleurs viendront embellir le panorama de leur quartier de rêve. Ils pourront être gagnés grâce à des questions bonus à la fin de chaque mandat de bourgmestre.

Tout est prêt, il ne reste plus qu’à le tester !
Nous organisons une séance de test où les enfants jouent à leur propre jeu en essayant d’analyser ce qu’ils aiment ou pas. Leur attention est à son comble. Une grande fierté se dégage d’avoir enfin la joie, après quatre mois de travail sur le sujet, de jouer. Ils s’imaginent déjà le voir en grande surface et voir leurs noms en lettres d’or sur les boîtes.
Les dernières modifications sont apportées à la règle et le jeu est présenté sous forme surdimensionnée dans une petite charrette pour le trimbaler, tel le chariot du Père Noël.

A travers cette expérience, les élèves ont abordé leur quartier avec un autre regard et se sont réellement inscrits dans la démarche des fameux CRACS (Citoyen, Responsable, Actif, Critique, Solidaire). Avec ce projet, ils ont compris les enjeux de ce pouvoir et cette implication qu’ils ont sur leur environnement. Le jeu se présente ici comme un nouvel outil, à la fois adapté et adaptable à la transmission de valeurs par le vécu, ce qui rejoint le grand proverbe chinois : « J’ai entendu et j’ai oublié, j’ai vu et je me suis souvenu, j’ai fait et j’ai compris »
Pour conclure, je laisse la parole aux protagonistes qui ont accepté de partager leurs impressions sur le projet :

« C’était chouette de travailler sur un jeu et de faire toutes ces activités avec les animateurs !  Je suis impatient de montrer notre jeu à tout le monde. Pourquoi ne pas essayer de le commercialiser ? »
Denis C, 11 ans

« J’ai trouvé cette activité très chouette ! Nous avons, au cours des semaines, pu tester de nombreux jeux inconnus : j’ai adoré !
Par rapport à notre projet, je suis très heureuse du résultat : on a réalisé, inventé, participé à chaque étape de la construction. Notre jeu est super ! Je vous conseille de le découvrir ! »
Marianne D, 11 ans

« J’ai trouvé que c’était une très belle expérience à vivre !  Nous avons appris et fait de nombreuses choses (exemple : faire attention à des détails, regarder la vie/ce qui nous entoure d’un œil différent). Je suis très fier de notre jeu. Je vous conseille à tous de venir voyager avec nous à la place Gaucheret pour y découvrir, vous aussi, notre quartier de rêve ! »
Dina A, 12 ans

« Quel pari extraordinaire réussi ! Recherche, innovation, constructivité, échanges adultes-enfants… Bref, un projet haut en couleur mené par des animateurs équipés, motivés mais surtout… engagés !
Cette activité m’a permis de découvrir mes élèves dans un contexte différent de ce que je connais d’eux dans les salles de classe et de me rendre compte de leur grande ouverture d’esprit.
Un grand merci à toute l’équipe présente (Laurence, Yves, Nicolas et Thibaut) et félicitations à mes élèves ! »
Mme Mélissa

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