Ecolo, le jeu de société ?

Un article de Virginie Tacq, Spécialiste en sciences et techniques du jeu, Médiatrice ludique – Ludilab

 

Jouer  avec l’environnement, jouer de l’environnement… jouer contre l’environnement ? Voici quelques réflexions autour du jeu de société commercial et des impacts écologiques qu’il peut avoir.

Greenwashing ? (Flickr/Rachel_pics)

Greenwashing ? (Flickr/Rachel_pics)

 

Toute production d’objets requiert de l’énergie et produit des déchets. Le jeu n’échappe pas à la règle ! Examinons-en quelques aspects de plus près.

La production délocalisée

En dehors de l’énergie nécessaire à la confection des matériaux eux-mêmes, qui sera très dépendante du matériel spécifique à chaque jeu, un autre facteur est synonyme de dépense énergétique : la délocalisation de la production. En effet, la plupart du matériel de jeux vient de Chine, l’ « atelier du monde », par souci économique. Si l’argument commercial est compréhensible dans notre société capitaliste, il faut garder à l’esprit que cela représente un voyage de 7000 kilomètresi. Ce voyage constitue une dépense énergétique considérable.

Y a-t-il moyen de faire autrement ?

Prismatikii, collectif d’animation et de création ludiques, a choisi dans le cadre du financement participatif de ses Mécanicartesiii de faire appel à un producteur « Made in France », Oplaiv. Ce choix a été opéré dans le but de limiter l’impact environnemental de leur production. L’investissement de départ a été plus important vu que la main d’oeuvre locale est plus chère que dans les pays asiatiques. Cela n’a pas posé de problème dans ce cas-ci car l’apport nécessaire a directement été inclus dans les fonds avancés par le public. Au vu de la réussite de la campagnev, ces prix plus élevés pour un jeu de cartes n’ont pas semblé arrêter les acheteur.se.s. Il est cependant à remarquer que le matériel de jeu est assez simple (composé uniquement de cartes), ce qui le classe d’emblée dans les types de jeux dont la production est peu onéreuse.

Le jeu-nérateur de déchets

Un autre aspect de la production des jeux de société d’édition est problématique lorsque se posent les questions écologiques : la génération de déchets. Celle-ci peut apparaître à différentes phases du cycle de vie du jeu.

Lors de sa distribution, le jeu sera emballé avant d’être finalement acheminé dans les points de vente. Si certains déchets sont inhérents à la production du matériel comme les planches de cartons résiduelles dans lesquelles sont découpées certaines pièces, d’autres sont ajoutés par convenance (Paquets de cartes, films plastiques, sachets scellés, …).

Dobble et ses emballages (V.Tacq)

Dobble et ses emballages (V.Tacq)

 

The Game et ses emballages (V.Tacq)

The Game et ses emballages (V.Tacq)

 

Cortex et ses emballages (V.Tacq)

Cortex et ses emballages (V.Tacq)

 

Potion Explosion et ses emballages (V. Tacq)

Potion Explosion et ses emballages (V. Tacq)

 

Une autre phase intéressante est l’utilisation du jeu par les joueur.se.s. Généralement, les jeux de société ne produiront que peu de déchets pendant leur utilisation. On pourra tout de même évoquer certaines feuilles de score, quasiment indispensables aux jeux très calculatoires comme Seven wondersvi ou le matériel devenu inutile de la série des Pandemic Legacyvii, dans laquelle des cartes seront déchirées, des stickers utilisés, des boites scellées ouvertes, …

Feuille de score du jeu Seven wonders (Repos Production)

Feuille de score du jeu Seven wonders (Repos Production)

 

Pandémie Legacy saison 1 et son matériel à détruire (V.Tacq)

Pandémie Legacy saison 1 et son matériel à détruire (V.Tacq)

Il en va de même pour les jeux dont la mécanique principale est liée à des consommables : le Lotto des senteurs, dont les odeurs finiront par se dissiper, Loony Questviii et autres Et Toqueix, dont les marqueurs se videront ou sècheront inexorablement alors que les supports d’écriture se terniront sous leurs assauts répétés, créant ainsi au final de nouveaux déchets non recyclables.

Les marqueurs de Loony Quest (V.Tacq)

Les marqueurs de Loony Quest (V.Tacq)

Après une vie que l’on espère bien remplie, le jeu en tant que tel deviendra inutilisable et tous ses composants, des déchets. Certains sont revalorisables, même si cela ne paraît pas évident de prime abord : les pièces en bon état pourront par exemple être données à une ludothèquex, qui aura dès lors la possibilité de réhabiliter des jeux incomplets, ou utilisées dans la création de nouveaux prototypes de jeux par des auteurs et autrices inventives.

D’autres composantes abîmées pourront être recyclées, comme le carton des boites, plateaux, cartes. D’autres encore viendront grossir les décharges : les pratiques mais souvent dispensables thermoformages par exemple ne sont pas recyclables. Il serait souhaitable de les limiter fortement, d’autant plus lorsqu’ils ne sont utilisés que pour augmenter la taille de la boîte, sans laisser de vide, et donc le prix de vente ou la visibilité de la boite dans les rayons (et donc ses chances de vente).

Deux éditions du jeu de Dominique Breton et Cédrick Chaboussit. Le même matériel est présent dans les deux boîtes, la grande contenant un imposant thermoformage inutile (zeblate.com)

Deux éditions du jeu de Dominique Breton et Cédrick Chaboussit. Le même matériel est présent dans les deux boîtes, la grande contenant un imposant thermoformage inutile (zeblate.com)

Que faire en tant que joueu.r.se ?

Certains jeux commerciaux sont fragiles de base et mieux vaut les éviter. Le Label Ludoxi vous aide dans cette démarche en éliminant d’emblée les jeux les moins solides.

Nous pouvons privilégier l’achat de jeux aux éditeur.trice.s inscrit.e.s dans une démarche écoresponsable et garder en tête que le marché de la seconde main est une solution intéressante.

Cependant, comme le meilleur déchet est encore celui qui n’est pas produit, n’achetez que ce dont vous êtes sûr.e.s de vous servir ou favorisez une plus grande mutualisation, que ce soit par le biais du prêt entre amis, de l’emprunt en ludothèque ou de la participation à des soirées jeuxxii.

Bon amusement !

 

 

iJusqu’au centre de la Chine

iihttp://www.prismatik.fr (Dernière consultation le 09-03-2017)

iiihttp://www.mecanicartes.com/mecanicartes/ (Dernière consultation le 09-03-2017)

ivhttp://www.jeux-opla.fr/archives/921 (Dernière consultation le 09-03-2017)

vFinancée à 330 %

viRepos production, 2010

viiFilosofia, 2015

viiiLibellud, 2015

ixLibellud, 2011

xListe des bibliothèques bruxelloises : http://www.spfb.brussels/sites/default/files/documents/D%C3%A9pliant%20Ludos%20Bxl%2024%20janvier%202017.pdf (Dernière consultation le 09-03-2017)

xihttp://ludobel.be/le-label-ludo/ (Dernière consultation le 09-03-2017)

xiiNous pourrions également évoquer les jeux à fabriquer soi-même avec du matériel récupéré ou le print’n’play. Nous nous sommes cependant limitées aux solutions concernant les jeux commerciaux.

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Un commentaire

  1. Arnaud
    10 août 2017 at 10 h 03 min - Reply

    Je pense que cet article introduit bien le sujet, mais que ce dernier mériterait de plus longs développements. Notamment sur la question des productions dont le succès provient presque plus du matériel (et de sa quantité) que de la mécanique, ou du thème.
    Même si Zombicide, Conan, et tout jeu d’Uwe Rosenberg sont bons, je me pose la question de la part de leur succès lié à la quantité de matériel fournie (surtout lors des campagnes KS).

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